Autisme et couple: comprendre pour mieux aimer

Autisme et couple: guide scientifique et pratique. Communication claire, gestion du meltdown/shutdown, rituels sécurisants, outils concrets pour plus de lien.

24 Min. de lecture Situations Spéciales

Pourquoi tu devrais lire cet article

Tu aimes quelqu’un dans le spectre de l’autisme - ou tu es toi-même autiste - et tu veux savoir comment l’amour, le quotidien et les conflits peuvent mieux fonctionner dans votre couple. Peut-être que tu te sens incompris, épuisé par des malentendus ou incertain sur la façon de rebâtir des ponts après une rupture. C’est exactement l’objet de cet article: tu vas comprendre en profondeur, de façon étayée scientifiquement, ce qui se joue dans une « relation avec une personne autiste » sur le plan psychologique et neurologique, et surtout comment utiliser ce savoir concrètement au quotidien.

La recherche le montre: les différences de perception, de communication et de traitement des émotions sont réelles, mais ce n’est pas une condamnation pour le couple. Les études sur l’attachement (Bowlby, Ainsworth), la stabilité conjugale (Gottman), la régulation émotionnelle, la neurochimie de l’amour (Fisher, Young) et des thèmes spécifiques à l’autisme comme l’alexithymie, l’interoception, le camouflaging et le « Double Empathy Problem » (Milton) donnent des leviers concrets pour renforcer compréhension et proximité. Tu obtiens des outils, des exemples de dialogues, des stratégies pour gérer les crises et te réconcilier, avec des scénarios de vie qui te parlent.

En bref: tu ne verras pas seulement pourquoi tout semble si difficile en ce moment, tu découvriras surtout comment l’améliorer, pas à pas, avec honnêteté, respect et efficacité.

Que signifie « autisme et couple » et pourquoi la compréhension est la clé ?

« Autisme » décrit des différences neurobiologiques dans la perception, le traitement de l’information, la communication et l’interaction sociale. Si tu es en couple avec une personne autiste - ou si tu es autiste - tu remarqueras vite: il ne s’agit pas de « ne veut pas », mais souvent de « ne peut pas maintenant » (ou « peut différemment »). C’est un changement de perspective central.

  • Neurodiversité plutôt que déficit: les personnes autistes présentent souvent une focalisation attentionnelle monotrope (monotropisme), une perception plus fine des détails, des sensibilités particulières (lumière, bruits, toucher) et d’autres préférences de communication. Ce n’est pas un manque, c’est une architecture différente de l’expérience.
  • Le Double Empathy Problem: les conflits ne naissent pas seulement parce que les personnes autistes ne « lisent » pas les signaux sociaux, ils viennent aussi du fait que les personnes neurotypiques ne comprennent pas la logique, la perception et la communication des personnes autistes (Milton, 2012). L’incompréhension est réciproque.
  • Les relations ont besoin de traduction: ce qui est une preuve d’amour pour l’un (par exemple, une caresse spontanée, du small talk) peut être une surcharge ou paraître creux pour l’autre. À l’inverse, des mots directs et honnêtes peuvent sembler durs alors qu’ils sont motivés par la sollicitude.

Comprendre, cela veut dire: tu n’essaies pas de rendre quelqu’un « neurotypique ». Tu apprends à reconnaître et nommer les différences, puis à les organiser pour rendre la proximité possible, sans masque et sans alarme permanente dans le système nerveux.

Ce que la compréhension te permet

  • Moins de malentendus et de retraits
  • Plus de sécurité, de prévisibilité et de proximité
  • Des conflits réellement résolus, sans escalade
  • De l’empathie sans te perdre toi-même

Ce que la compréhension n’est pas

  • Ce n’est pas « tout laisser passer »
  • Ce n’est pas « tu t’adaptes, pas moi »
  • Pas de pathologisation de la personnalité
  • Pas une excuse pour un comportement irrespectueux

Fondements scientifiques: perception, émotion, attachement, neurochimie

Les relations reposent sur des processus biologiques, psychologiques et sociaux. Dans l’autisme, on observe des particularités dans chacun de ces domaines, à connaître, non comme étiquettes, mais comme carte d’orientation.

  • Traitement sensoriel: beaucoup de personnes autistes vivent les sons, la lumière, les odeurs ou le toucher de manière plus intense (Leekam et al., 2007). Cela peut impacter la proximité: un baiser dans une cuisine bruyante devient « trop », non parce que la relation va mal, mais parce que le système nerveux est surchargé.
  • Prédiction et pondération des stimuli: des travaux suggèrent des différences de prédiction sensorielle et de pondération des signaux qui favorisent la surcharge (Pellicano & Burr, 2012). La prévisibilité soulage donc particulièrement.
  • Interoception et alexithymie: l’interoception est la perception des états corporels internes (battements du cœur, respiration, estomac). L’alexithymie est la difficulté à identifier et nommer ses émotions. Les deux sont souvent modifiés chez les personnes autistes (Kinnaird et al., 2019; Bird & Cook, 2013). Conséquence: tu ressens « du stress », sans savoir si c’est de l’angoisse, de la colère ou de la surcharge. En couple, cela crée des malentendus: « Tu t’en fiches de ce que je ressens ? » - « Non, je ne sais juste pas nommer ce que je ressens. »
  • Cognition sociale et ToM: il existe des différences dans le mentalising spontané (théorie de l’esprit), mais elles dépendent du contexte et ne sont pas globalement « déficitaires » (Lombardo & Baron-Cohen, 2011). Dans des contextes familiers et clairs, le changement de perspective fonctionne mieux.
  • Camouflaging (masquage): beaucoup d’adultes autistes, en particulier des femmes, cachent ou compensent leurs traits pour « faire face » socialement (Hull et al., 2017; Livingston et al., 2019). À court terme, cela semble « adapté », à long terme, c’est épuisant et favorise le burnout. En couple, l’épuisement explose parfois « sans prévenir ».
  • Régulation des émotions: des études montrent des particularités dans la régulation des émotions intenses, par exemple des réactions plus fortes à l’incertitude et à la surcharge (Samson et al., 2012; South & Rodgers, 2017). Important: meltdown (effondrement visible) et shutdown (arrêt dirigé vers l’intérieur) sont des réponses neurobiologiques au stress, pas du « drama » ni un « boycott silencieux ».
  • Attachement: les adultes autistes peuvent nouer des attachements sécurisés. On observe parfois plus d’anxiété ou d’évitement, souvent à cause de rejets sociaux antérieurs (Hazan & Shaver, 1987; Bowlby, 1969; travaux récents avec profils hétérogènes). Les styles d’attachement évoluent grâce à des interactions sûres et prévisibles.
  • Neurochimie de l’amour: l’état amoureux active les systèmes de récompense, un peu comme une addiction (Fisher et al., 2010; Acevedo et al., 2012). L’ocytocine et la vasopressine modulent l’attachement et l’approche sociale (Young & Wang, 2004). En cas de surcharge sensorielle, les « signaux de danger » entrent en compétition avec les impulsions d’attachement, d’où l’importance des conditions de cadre pour la proximité.

Conséquence pratique: « faire plus d’efforts » suffit rarement. Il faut des conditions qui apaisent le système nerveux, des formes de langage qui réduisent l’ambiguïté, et des routines qui augmentent la prévisibilité. Ensuite, les outils classiques de psychologie du couple (Gottman: attention, tentatives de réparation; Johnson: attachement sécurisé par des réponses émotionnellement accessibles) peuvent vraiment agir.

L’amour active de puissants systèmes de récompense dans le cerveau. Quand les signaux relationnels manquent ou sont flous, le système réagit de manière paradoxale: il désire plus, tout en se sentant plus en insécurité.

Dr. Helen Fisher , Anthropologue, Kinsey Institute

Une communication qui touche: clarté plutôt que devinettes

Beaucoup de couples trébuchent moins sur un « manque d’empathie » que sur des logiques de communication différentes. La communication neurotypique mise souvent sur l’implicite, le ton, le regard. La communication autiste est fréquemment plus littérale, directe et orientée contenu. Les deux sont valides, mais incompatibles sans traduction.

Ce qui marche mieux:

  • Explicite plutôt qu’implicite: « S’il te plaît, vide le lave-vaisselle aujourd’hui avant 19 h » plutôt que « Ici, ça devient un peu chaotique… »
  • Donner le contexte: « Je parais bref parce que je suis fatigué. Je ne suis pas en colère contre toi. »
  • Méta-communication: « Comment veux-tu parler de X, court, long, à l’écrit, avec des pauses ? »
  • Standardiser les signaux: un mot/emoji convenu pour « Je suis en surcharge, pause nécessaire »; un système de feux (vert/jaune/rouge) pour la profondeur des échanges.
  • L’écrit pour le complexe: beaucoup de personnes autistes traitent mieux les informations écrites, tu laisses du temps pour réfléchir et tu réduis la charge sensorielle.

Formulations pratiques:

  • « Ton avis compte pour moi. Pour bien te comprendre: peux-tu l’écrire en points clés ? »
  • « Je veux de la proximité, mais mon système nerveux est rouge en ce moment. Donnons-nous 20 minutes de calme, puis je viens vers toi. »
  • « Quand je suis direct, je ne veux pas être dur. J’essaie d’être clair et bienveillant. »
Mauvais exemple: « Tu ne veux jamais faire des câlins, est-ce que tu m’aimes encore ? »
Mieux: « J’ai besoin de contact physique. On se blottit 10 minutes ce soir, lumière tamisée, sans musique ? »

Important: la franchise n’est pas un manque de respect. Tu peux être bienveillant et clair. Règle: nommer une observation, dire un besoin, formuler une demande.

Meltdown, shutdown et surcharge: repérer, désamorcer, accompagner

La surcharge sensorielle et sociale n’est pas une question de volonté. Il faut apprendre à repérer tôt les signes et à désamorcer la situation, sans chercher des coupables.

Signes précoces:

  • irritabilité croissante, réponses courtes, regard fuyant
  • signes corporels: mâchoires serrées, mains sur les oreilles, balancement
  • phrases comme « C’est trop », « Je n’arrive plus à penser »

Stratégie aiguë (pour vous deux):

  • Réduction des stimuli: baisser la lumière, couper la source de bruit, changer de pièce
  • Réguler le corps: respiration profonde, froid bref (eau froide sur les poignets), outils de pression (couverture lestée)
  • Communication minimale: des mots simples et rares, vérifier le consentement (« Tu préfères que je reste ou que je sorte ? »)

Après-coup:

  • Décorréler de la culpabilité: « C’était une surcharge, pas contre toi. »
  • Donner du sens: « On était à la fois affamés, fatigués et c’était bruyant, la prochaine fois on prévoit des espaces calmes. »
  • Réparer petit et concret: « Ça m’a fait mal de partir si brusquement. Je m’entraîne à dire stop plus tôt. »

10–15 min

Une réduction ciblée des stimuli peut faire baisser le stress en quelques minutes, planifie ce temps consciemment.

24 h

Après un meltdown, le système nerveux a souvent besoin d’une journée pour revenir à sa ligne de base.

3 signaux

Conviens de 3 signaux d’alerte et des réponses associées, ton mini-protocole préventif.

Remarque: ce sont des repères, pas des lois. L’essentiel, c’est de connaître et convenir de vos propres schémas.

Attachement et sécurité: ce que la recherche change pour les couples autisme

La théorie de l’attachement dit: on se rapproche quand le partenaire est émotionnellement joignable et fiable (Bowlby, Ainsworth; Johnson). Les couples avec autisme profitent particulièrement de la prévisibilité:

  • La prévisibilité comme langue de l’amour: une structure de journée claire, des rituels sûrs (« check-in du soir », « plan du dimanche ») signalent: tu n’es pas seul dans l’imprévisible.
  • Accès à l’émotion avec pont: si l’alexithymie est présente, les ponts écrits/échelles aident: « 0–10, à quel point te sens-tu surchargé ? » Cela rend le « ressenti » mesurable.
  • Co-régulation: la proximité peut être silencieuse. Respirer ensemble, lire côte à côte, marcher sans small talk, cela régule le système d’attachement sans surcharger.

Gottman montre que les couples stables voient et répondent aux « bids » (appels à la connexion). Avec l’autisme, les bids sont souvent « discrets » ou atypiques: un lien vers un intérêt spécifique, une proposition technique, un mème. Apprends à les lire, puis réponds-y.

Exemple: ton partenaire envoie une analyse de 5 pages de votre facture d’électricité. Ce n’est pas « sans cœur », c’est un bid de sollicitude dans sa langue. Réponse: « Merci, je vois l’effort. Choisissons 2 points à appliquer. »

Gérer les conflits avec fair-play: éviter les quatre cavaliers, planifier des réparations

Les « quatre cavaliers » de Gottman - critique, mépris, défensive, mur - détruisent la confiance. Dans les couples concernés par l’autisme, ils émergent parfois sans intention, par exemple quand la franchise est perçue comme une critique ou quand un shutdown est lu comme du mur.

  • Critique vs souhait: remplacer « Tu es toujours… » par « Je voudrais…, parce que… »
  • Stopper le mépris: pas de roulements d’yeux ni de moqueries sur les intérêts spécifiques. Le respect n’est pas négociable.
  • Désamorcer la défensive: reconnaître sa part (« J’ai dit stop trop tard »).
  • Comprendre le mur: le shutdown n’est pas une punition, c’est de la surcharge. Conviens d’un signe et d’une heure de retour dans l’échange.

Rendre visibles les tentatives de réparation:

  • « Stop, je veux nous, pas gagner. »
  • « Pause 20 minutes ? Je reviens et j’écoute. »
  • « Peux-tu me redire l’essentiel en 2 phrases ? »

Avertissement: hausser la voix, claquer les portes, acculer quelqu’un, tout aggrave la surcharge. La sécurité et la baisse des stimuli d’abord, le contenu ensuite.

Intimité et sexualité: proximité sans surcharge

La sexualité est délicate pour beaucoup de couples, avec l’autisme s’ajoutent des particularités sensorielles et de communication. Bonne nouvelle: avec des ajustements, l’intimité peut devenir plus sûre et plus satisfaisante.

  • Cartographier la sensorique: quels touchers, matières, odeurs, températures sont agréables ? Qu’est-ce qui est non négociable ? Créez une « carte des touchers ».
  • Maîtriser le contexte: lumière tamisée, couper les bruits, accords clairs, pauses autorisées.
  • Autoriser des scripts: des séquences convenues réduisent l’incertitude. La spontanéité n’est pas forcément « plus authentique ».
  • Utiliser le langage: « Plus fort/plus doux », « Stop », « Continue comme ça », des signaux clairs plutôt que deviner.
  • Libido différente: normaliser, négocier. L’intimité dépasse le rapport pénétratif: massages, câlins, proximité parallèle.

Exemples de dialogue:

  • « J’aime la pression sur les épaules, pas sur le cou. 6/10, c’est parfait. Si je dis “jaune”, s’il te plaît plus doux. »
  • « Je suis socialement à plat aujourd’hui. J’aimerais rester 15 minutes sous la couette, tu lis, je te tiens la main. »

Des études suggèrent qu’une communication ouverte et des ajustements augmentent fortement la satisfaction sexuelle chez les adultes autistes (Byers & Nichols, 2014). Ce n’est pas une « astuce », c’est une vraie compétence relationnelle.

Quotidien, fonctions exécutives et gestion de l’énergie

Les fonctions exécutives - planifier, prioriser, passer d’une tâche à l’autre, démarrer/arrêter - fonctionnent souvent autrement dans l’autisme. C’est crucial en ménage commun.

  • Baisser les seuils d’action: découper les tâches en micro-étapes (« Sortir la poubelle » = nouer le sac, mettre les chaussures, sortir, remettre un sac). Des check-lists visibles aident.
  • Réduire la fatigue décisionnelle: menus hebdomadaires, jours fixes pour lessive/courses, paiements automatiques.
  • Protéger les transitions: des marges de temps entre les tâches, éviter le « Juste un truc avant de partir ».
  • Planifier comme un projet: tableau Kanban (À faire - En cours - Fait), responsabilités claires, point hebdomadaire.

Performance vs potentiel: beaucoup de personnes autistes paraissent « paresseuses » quand elles sont surchargées. En réalité, le système se met en économie d’énergie. Planifie l’énergie comme un budget. Question: « À quoi veux-tu consacrer ton énergie cette semaine ? À quoi non ? »

Les intérêts spécifiques comme ressource de couple

  • Partager, ne pas dénigrer: prévois un temps où l’intérêt spécifique a sa scène, 20 minutes « show & tell » par semaine.
  • Traduire: demande à la personne autiste de créer 1–2 ponts (« Qu’est-ce qui peut nous être utile dans notre quotidien ? »).
  • Projets communs: utilisez les forces de focalisation, précision, détection de motifs, par exemple pour planifier des vacances, optimiser le budget, aménager le logement.

Famille, amis, société: poser des limites et bâtir des ponts

Les événements sociaux coûtent souvent plus d’énergie. Ce n’est pas « asocial », c’est « social autrement ».

  • Design d’événement: visites plus courtes, déroulé clair, espace de retrait, aides sensorielles (réduction de bruit), signal de sortie.
  • Limites transparentes: « Je viens à la fête, je reste 60 minutes, puis je pars sans tour d’adieux. Ça ne veut pas dire que je ne vous aime pas. »
  • Informer les proches: pas de surprises, pas de contact physique non sollicité, pas de commentaires sur « le manque de regard ».

Crompton et al. (2020) montrent que les interactions entre personnes autistes sont souvent « allégées », codes partagés, moins de camouflaging. Dans les dyades mixtes, il faut donc des ponts conçus plus consciemment.

Fêtes, voyages, grands événements - guide de planification

  • Vérifier à l’avance: volume sonore, durée, nombre de participants, espaces de retrait, options de repas.
  • Organiser un véhicule propre ou une chambre refuge.
  • Définir un créneau (« On reste 90 minutes, puis point rapide »).
  • Prévoir des micro-pauses: 5 minutes dehors toutes les 30–45 minutes.
  • Régénération post-événement: garder le lendemain le plus calme possible.

Santé mentale, burnout et thérapie

Les adultes autistes ont un risque augmenté d’anxiété, de dépression et de burnout, souvent à cause de la surcharge chronique et du masquage (South & Rodgers, 2017; Livingston et al., 2019; Lai et al., 2017). La thérapie aide, si elle est adaptée.

  • Affirmative autisme: pas « entraîner des normes sociales », mais réduire le stress, favoriser l’acceptation de soi, développer des compétences dans sa propre logique.
  • TCC et pleine conscience adaptées: devoirs concrets, supports visuels, écrit, contrôle des stimuli.
  • Thérapie de couple: l’EFT (Emotionally Focused Therapy) centrée sur la sécurité d’attachement fonctionne pour les couples neurodivergents, si la structure et la régulation sensorielle sont intégrées (Johnson, 2008).
  • Bilan médical: troubles du sommeil, thyroïde, carence en fer, ces facteurs physiques influencent fortement la régulation.

Signal d’alerte burnout: « Avant ça allait, maintenant plus rien. » -> baisser immédiatement la charge de stimuli, supprimer des tâches, solliciter des pros.

En cas d’auto-agression, d’idées suicidaires ou de violence: la sécurité est prioritaire. Demande de l’aide tout de suite (numéro d’urgence, dispositif de crise). L’amour ne suffit pas seul.

Pour le partenaire neurotypique: prendre soin de toi sans culpabilité

  • Compte émotionnel: entoure-toi de soutien (amis, coaching, thérapie).
  • Le savoir soulage: la psychoéducation réduit les fausses attributions et la colère.
  • Limites: « Je suis prêt à donner X, j’ai besoin de Y en contrepartie (structure). » Des limites claires soutiennent la relation, ce n’est pas un manque d’amour.

Diagnostic et disclosure

Tous les adultes autistes n’ont pas un diagnostic formel. Cela joue sur l’identité, la communication et l’accès aux aides.

  • Auto-réflexion: listes et auto-tests comme points de départ, pas des diagnostics. Ils aident à mettre des mots sur ses propres schémas.
  • Parcours formel: médecin traitant, orientation vers des centres spécialisés, anticiper les délais. Le but, c’est la compréhension et le soutien, pas une étiquette.
  • En parler en couple: choisis bien le timing et le cadre. Proposition de script: « Je repère chez moi des schémas autistes. Ça explique A, B, C. Pour notre relation, cela signifie X (concret), pas Y (préjugé). »
  • Au travail: seulement si cela apporte un bénéfice (aménagements). Privilégie des accords écrits, langage neutre, focus sur les exigences du poste et les solutions.

Un foyer sensoriellement apaisant: guide pièce par pièce

Un environnement qui apaise le système nerveux est un acte d’amour. De petits changements peuvent avoir un grand effet.

  • Entrée: lumière douce, endroit fixe pour clés/courrier (réduit le stress de recherche), crochets plutôt qu’armoires.
  • Salon: lumière dimmable, tester les textures (plaids/coussins), « coin calme » avec réduction de bruit et couverture lestée.
  • Cuisine: réduire les pics sonores (tapis sous les appareils), créneaux fixes pour cuisiner, étiquetage clair.
  • Chambre: optimiser l’obscurité (rideaux/masques), température stable, zone sans téléphone, bruit blanc en option.
  • Salle de bain: ventilateurs silencieux, serviettes douces, options sensorielles (chaud/froid).
  • Bureau à domicile: panneaux acoustiques, ordre visuel (boîtes/étiquettes), indicateur de statut (« Merci de ne pas parler avant 11:00 »).

Règle commune: ne rien réorganiser « en cachette ». Annoncer les changements, tester, garder réversible.

Régulation émotionnelle avancée: des skills qui marchent

En plus des pauses et de la réduction des stimuli, des méthodes structurées aident à apaiser le système nerveux.

  • Skill STOPP: Stop - respirer profondément - observer (corps, pensées) - vérifier la priorité - planifier. Carte mémo près du bureau.
  • 5-4-3-2-1 grounding: 5 choses à voir, 4 à toucher, 3 à entendre, 2 à sentir, 1 à goûter. Ramener la sensorique à l’ici et maintenant.
  • Réflexe d’immersion: eau froide sur le visage/les poignets 30–60 s. Baisse l’activation à court terme.
  • Pression corporelle: couverture lestée, étreinte ferme (seulement si consentie), « butterfly tap » (tapotement alterné léger).
  • Rythme: marche régulière, respiration métronome (4–6–8: inspiration, pause, expiration).

Mode couple: « Je garde le temps, tu fais 3 cycles de respiration », co-régulation sans beaucoup de mots.

Playbook de communication: 24 phrases pour les moments délicats

  • « Je suis surstimulé, pas en colère contre toi. Pause 20 minutes ? »
  • « Peux-tu me dire ce qui est le plus important pour toi aujourd’hui, en 2 phrases ? »
  • « Je t’ai entendu: [contenu]. Ai-je raté quelque chose ? »
  • « Je ne peux pas décider maintenant. Demain 10 h autour d’un café ? »
  • « Formulé directement, intention bienveillante: … »
  • « J’ai besoin d’un chiffre/une échelle claire, sinon je fais faux. »
  • « Je veux de la proximité, mais ma sensorique dit non. Alternative: main dans la main 10 minutes ? »
  • « Je vois ton bid de sollicitude dans [action]. Merci. »
  • « Je veux nous protéger, donc stop, on reprend plus tard. »
  • « Pas de solution, juste écoute 5 minutes s’il te plaît. »
  • « Je veux une solution. Donnons 3 options, puis on choisit. »
  • « Je suis sur jaune. Si tu parles plus doucement, je reste dans l’échange. »
  • « Je lis mieux la critique quand elle arrive par écrit. »
  • « J’ai mal fait X. Je m’entraîne à Y. On revoit ça dans 48 heures ? »
  • « Je suis socialement à plat. Je peux rester près de toi, en silence ? »
  • « La structure m’est importante. On écrit une mini-agenda ? »
  • « Je remarque que tu te retires. Est-ce un shutdown ? Comment puis-je aider ? »
  • « J’ai un bid d’intérêt spécifique, 10 minutes, d’accord ? »
  • « Mon système est au vert. As-tu un sujet important pour toi ? »
  • « J’ai besoin d’un avertissement: “Dans 5 minutes, on…” »
  • « Pas de contact physique aujourd’hui. Reliance par la parole, volontiers. »
  • « Je suis déclenché. C’est ma responsabilité, je m’en occupe et je te recontacte. »
  • « Merci d’avoir respecté la pause. Je suis revenu. »

Neurodivergent × neurotypique vs. autiste × autiste

Chaque dyade a ses forces et ses défis.

  • Dyades mixtes (autiste × neurotypique): besoin de traduction plus élevé. Force: perspectives complémentaires. Risque: fausses attributions (« ne veut pas » vs « ne peut pas »). Antidotes: méta-communication, scripts clairs, pauses fixes.
  • Autiste × autiste: souvent moins de masquage, codes partagés, lien fort autour d’intérêts spécifiques. Risque: surcharge partagée (deux sensibilité élevées), fonctions exécutives qui s’entrechoquent. Antidotes: structure externe (tableaux, minuteurs), budgéter l’énergie sociale.

En commun: respect, prévisibilité, choix des canaux. Différent ne veut pas dire moins bien, seulement à construire autrement.

Travail, stress et protection du couple: votre contrat d’énergie

Le travail puise dans le même système nerveux dont vous avez besoin pour la proximité.

  • Plan d’énergie hebdo: identifier 3 charges majeures, planifier 2 décharges fixes.
  • Jours tampon: après grosses réunions/fêtes, pas de grandes discussions de couple.
  • Signal « heures sup »: si l’un travaille plus, le quotient de structure augmente (plus de planification, moins de spontanéité) - à durée limitée.
  • Micro-récupération: marche 10 minutes, power nap, jeûne de bruit. Mieux petit chaque jour que grand rarement.

Construire la relation sur la durée: trois piliers

  • Sécurité: gestion des stimuli, prévisibilité, limites claires.
  • Connexion: petites attentions, intérêts partagés, proximité silencieuse.
  • Croissance: petits essais, boucles de feedback, scripts flexibles.

Si un pilier vacille, renforce-le, non pas par « vouloir plus », mais par de meilleures conditions.

Revue trimestrielle (90 minutes) - modèle

  1. Données: 3 choses qui ont aidé. 2 cailloux. 1 surprise.
  2. Sensorique: qu’est-ce qui était trop bruyant/lumineux/serré ? Qu’est-ce qui a apaisé ?
  3. Communication: quelles phrases/outils ont aidé ? Qu’est-ce qui manque ?
  4. Proximité: quelles formes ont été bonnes ? Qu’est-ce qu’on teste de nouveau ?
  5. Plan: 2 mini-expériences, date de départ, critère de succès.
  6. Gratitude: merci pour 2 actions concrètes de l’autre.

Charte de relation (version courte)

  • La sécurité, pour moi, c’est…
  • La proximité, pour moi, c’est…
  • Mes signaux précoces: … / Comment tu peux aider: …
  • Nos rituels fixes: …
  • Signaux d’arrêt et plan de pause: …
  • Revue: toutes les X semaines

Scénarios concrets du quotidien - et comment les résoudre

  1. Sarah (34) et Ben (36). Ben est autiste, tous deux à temps plein. Le soir, des broutilles explosent.
  • Problème: Ben a besoin de 45 minutes de décompression, Sarah veut tout de suite se connecter.
  • Solution: « sas de retour à la maison »: 30–45 minutes de calme après l’arrivée. Sarah écrit un court message « Je veux parler de X plus tard », Ben confirme. Résultat: moins de disputes, plus de vraies conversations.
Jeanne (29) est autiste, aime son partenaire Théo (31), mais déteste les visites surprises de ses beaux-parents.
  • Problème: crash d’énergie après le travail, stimuli non anticipés.
  • Solution: règle familiale: visites seulement avec 48 h d’avance. Si cela arrive quand même, Jeanne peut se retirer sans explication. Théo gère la com: « On se réjouit de vous voir, mais pas aujourd’hui. »
Malik (41) et Léo (39), tous deux neurodivergents. Malik veut plus de sexe, Léo est en surcharge sensorielle.
  • Solution: carte des touchers, « sensory setup » (lumière, température, matières), check-in avant l’intimité (échelle 0–10). Résultat: moins de pression, plus de qualité.
Pauline (27) autiste, Lisa (30) neurotypique. Lisa lit la franchise de Pauline comme de la froideur.
  • Solution: contrat de communication: « Direct = sollicitude ». Pauline commence par « Intention bienveillante: », Lisa reflète le contenu, pas le ton (« J’entends: … »).
Nicolas (33) neurotypique, Émilie (32) autiste. Le ménage brûle.
  • Solution: tableau Kanban, tâches en pas de 10 minutes, 20 minutes de planification hebdo. Récompense après la colonne « Fait ».
Rupture: Romain (35) autiste, Maxime (36) neurotypique. Maxime bombarde Romain de messages, Romain bloque.
  • Solution: Maxime envoie un seul message respectueux avec plan de pause, pas d’autres pings. 3 semaines plus tard, Romain répond, un dialogue calme reprend avec minuteur.
Parentalité: Clara (38) autiste, Samuel (40) neurotypique, enfant en bas âge.
  • Problème: chaos du matin.
  • Solution: routines visuelles, passages de relais silencieux, réduction de bruit pendant le petit-déjeuner, 15 minutes de « sync parents » le dimanche.
Relation à distance: Aïla (26) autiste. Les appels vidéo la surchargent.
  • Solution: échanges asynchrones par messages vocaux avec transcription. Appels vidéo courts et planifiés avec agenda. Plus de lien, moins de stress.
Famille recomposée: Jonathan (44) autiste, deux enfants le week-end.
  • Solution: « rituel de transition » à heure fixe, accueil calme, 20 minutes de Lego ensemble, les sujets ménagers après.
Open space qui pèse sur le couple: Tessa (31) autiste rentre épuisée.
  • Solution: aménagements employeur (casque, salles calmes), le soir « heure silencieuse », conversations ensuite.
Logiques d’ordre différentes: Dorine (NT) adore le minimalisme, Karim (autiste) a besoin de voir les objets.
  • Solution: « zones visuelles »: étagères ouvertes pour Karim, fermées pour Dorine; étiquetage clair; pas de réorganisation surprise.
Les discussions d’argent stressent:
  • Solution: préparation écrite, créneaux de 30 minutes, check-list et code couleur. Objectif: 1–2 décisions par séance.
Thérapie: une séance surcharge.
  • Solution: briefer le/la thérapeute, exiger de la structure (agenda, lumière, pauses), prendre des notes, devoirs écrits.
Cercle d’amis: « Tu es toujours si direct ! »
  • Solution: petite explication aux amis (« Direct = honnête, pas méchant »), canaux alternatifs (chat plutôt qu’appel).
Semaine de crise: décès dans la famille.
  • Solution: baisser radicalement la charge de stimuli, déléguer des tâches, rituels de deuil clairs, court check-in quotidien avec 2 questions (« Qu’est-ce qui fait mal aujourd’hui ? Qu’est-ce qui ferait du bien ? »).

Outils pratiques: micro-contrats, échelles, scripts

  • La phrase en 3 étapes: observation - signification - demande. « Quand tu sonnes sans prévenir, ça me fait sursauter (observ./sens). Merci d’écrire 24 h avant (demande). »
  • La règle 0–10: « À quel point ça peut être bruyant/proche/complexe ? », on rend les décisions du quotidien mesurables.
  • Le protocole de pause: signal, durée, heure de retour, ce qui est autorisé pendant la pause (pas de doomscrolling).
  • Mini-agenda pour les conversations: 2 sujets, 10 minutes chacun, 5 minutes de synthèse, 5 minutes de prochaines étapes.

Modèles de messages (à copier)

  • Besoin clair: « X est important pour moi. Pour que ça marche pour nous deux, je propose Y. Qu’en penses-tu ? »
  • Annoncer la surcharge: « Je suis sur jaune/rouge. J’ai besoin de Z minutes de pause et je reviens. »
  • Critique en souhait: « Quand [situation], je souhaite [comportement], parce que [signification]. Ce serait possible ? »
  • Gratitude: « J’ai vu que tu as [action concrète]. Ça m’a apporté [effet]. Merci. »
  • Limites: « Je ne peux pas m’engager sur X. Je peux offrir Y. Dis-moi si ça aide. »
  • Après conflit: « Désolé pour [part précise]. Je vais pratiquer [étape suivante concrète]. On fait un point dans 48 h ? »

Le rituel de réparation (10 minutes)

  • 2 minutes de silence/respiration
  • 2 minutes: chacun nomme 1 responsabilité personnelle
  • 4 minutes: définir 2 changements de comportement concrets
  • 2 minutes: merci + bref contact physique (si ok)

Ces structures ne « réglementent » pas l’amour, ce sont des mains courantes pour le système nerveux, pour pouvoir ressentir librement à nouveau.

Pièges fréquents - et comment les désamorcer

  • « Il/elle ne m’aime pas, il n’y a pas de câlins spontanés. » -> Sensorique ≠ amour. Traduire la proximité en formes tolérables.
  • « Je dois tout m’adapter. » -> Non. Adaptation mutuelle, priorisation commune.
  • « Sans small talk, pas de lien. » -> Le lien peut être silencieux. Il ne remplace pas la parole, il la complète.
  • « La franchise blesse. » -> Le ton compte. Direct + bienveillant + contexte = respect.
  • « S’il/elle se tait une heure, c’est du pouvoir. » -> Vérifier d’abord: shutdown/surcharge ? Convenir des heures de retour.

De petites attentions fréquentes sont le socle des couples stables, elles comptent plus que de grands gestes après de longues sécheresses.

Dr. John Gottman , Chercheur en relations

Les 12 principes d’un amour sensible à la neurodiversité

  1. La sécurité avant le contenu.
  2. La clarté prime sur l’interprétation.
  3. La prévisibilité est une marque d’affection.
  4. Les pauses entretiennent la relation.
  5. L’écrit est une langue du couple.
  6. La sensorique décide du « peut » vs « veut ».
  7. Direct + bienveillant = respect.
  8. Les intérêts spécifiques sont des ponts d’attachement.
  9. La co-régulation peut être silencieuse.
  10. Mini-expériences plutôt que exigences maxi.
  11. Partager la responsabilité, minimiser la culpabilité.
  12. Réduire le masquage, préserver la dignité.

Science et quotidien: pourquoi ça marche

  • Double Empathy: quand vous traduisez mutuellement, les attributions erronées baissent (« Il ne veut pas » -> « Il ne peut pas maintenant »), ce qui réduit l’agressivité (Milton, 2012).
  • Alexithymie/interoception: échelles et écrit créent des ponts entre sensation et langage (Bird & Cook, 2013; Kinnaird et al., 2019).
  • Régulation émotionnelle: pauses et réduction des stimuli empêchent le flooding, condition d’un échange rationnel (Samson et al., 2012).
  • Attachement: des réponses fiables (« Je suis là, même si tu es surchargé ») favorisent un attachement sécurisé, qui désamorce les conflits (Bowlby; Johnson).
  • Neurochimie: moins de stress = meilleur accès aux circuits de récompense de la proximité (Fisher; Young & Wang).

En bref: tu crées les conditions dans lesquelles l’amour peut se montrer.

Check-lists: passer à l’action vite

  • Avant la discussion: lieu calme ? limite de temps ? agenda ? énergie 0–10 ?
  • Pendant: phrases courtes, pauses, reformulation, minuteur, code couleur.
  • Après: synthèse, 1–2 prochaines étapes, récupération.
  • Quotidien: 1 attention, 1 geste de structure, 1 investissement d’énergie pour vous.

Décompression après le travail (15–45 minutes)

  • Vêtements confortables, lumière douce, boisson, 5–10 minutes de silence
  • Check corporel court: faim ? soif ? température ? mouvement ?
  • Option: 10 minutes d’intérêt spécifique ou activité monotone (plier, trier)
  • Ensuite: « Je suis vert/jaune/rouge pour parler ? » - puis seulement l’échange

Que faire quand vos besoins divergent fortement ?

  • Prioriser: quels besoins sont essentiels (non négociables), lesquels sont flexibles ?
  • Alternatives: autre forme de proximité, sociabilité autrement (groupes plus petits), externaliser des tâches.
  • Compromis temporisés: essai sur 4 semaines, puis nouvelle évaluation.
  • Liste de valeurs: chacun nomme 3 valeurs clés (ex: liberté, calme, honnêteté). Construire des routines qui respectent les deux.

Famille 2.0: culture, ouverture et modèles élargis

  • Différences culturelles: la franchise peut être jugée impolie dans certaines familles. Convenez d’un « français de couple » entre vous, puis traduisez-le dans le style familial.
  • Mixer les cercles d’amis: une « soirée calme » (jeu de plateau, marche) et une « soirée bruyante » (bar), les deux ont leur place, avec attentes claires.
  • Modèles relationnels: monogame, ouvert, poly, tout demande avec l’autisme des règles deux fois plus claires (plages horaires, sensorique, temps de retrait sûrs). Pas d’expériences sans base stable et plan de pause.

Limites et responsabilité

L’autisme explique des comportements, il n’excuse pas toute transgression.

  • Le respect reste obligatoire.
  • Le consentement en intimité est non négociable.
  • L’honnêteté inclut la considération.

Si vous donnez tous les deux le meilleur de vous, et que vous rendez le meilleur possible réalisable, sans exiger l’impossible, vous bâtissez une relation plus solide qu’avant.

Mini-workbook: 7 jours pour plus de lien

  • Jour 1: scan sensoriel du logement, qu’est-ce qui surcharge, qu’est-ce qui apaise ? Ajuste 2 choses tout de suite.
  • Jour 2: définir 3 signes précoces et 3 mots-signal d’aide.
  • Jour 3: tester un check-in du soir de 10 minutes (minuteur, agenda).
  • Jour 4: créer la carte des touchers.
  • Jour 5: mettre en place le Kanban.
  • Jour 6: 30 minutes d’activité silencieuse ensemble.
  • Jour 7: revue, qu’est-ce qui a aidé de façon sensible ? Transformer une chose en habitude.

En cas de rapprochement après une rupture: exemples et scripts

  • Premier contact: « Je respecte ton espace et j’aimerais comprendre, sans pression, ce que nous pouvons améliorer. Es-tu ouvert à un échange court et structuré dans 2 semaines ? Je propose le lieu X (calme), 45 minutes, agenda envoyé par mail. »
  • Accepter un refus: « Merci pour ta réponse claire. Je te souhaite de la stabilité. Si un jour tu changes d’avis, tu sais comment me joindre. »
  • Démarrer l’échange: « Mon objectif n’est pas d’avoir raison, mais de comprendre nos schémas. Je parle 5 minutes, puis toi, puis on synthétise. »

À éviter: « Je ne tiens pas, réponds tout de suite », cela met la pression et augmente le stress. Mieux: auto-régulation et patience, comme le recommande Sbarra.

Questions de réflexion pour vous deux

  • À quoi je reconnais ma surcharge, tôt, moyen, tard ?
  • Quelles 3 phrases de mon partenaire m’apaisent à coup sûr ?
  • Quels 2 rituels nous donnent de la sécurité, et comment les protéger au calendrier ?
  • Quel petit changement mesurable serait sensible dans 2 semaines ?
  • Quels malentendus se répètent, et quelle traduction manque ?

Glossaire (court et pratique)

  • Meltdown: effondrement visible après surcharge, besoin de réduire les stimuli, pas de débat.
  • Shutdown: retrait/arrêt interne, langage/pensée difficiles, repos et temps aident.
  • Alexithymie: difficulté à identifier/nommer ses émotions, échelles/écrit aident.
  • Interoception: perception des états internes, entraînable via check-ins.
  • Camouflaging: adapter/masquer des traits autistes, utile à court terme, épuisant à long terme.
  • Monotropisme: tendance à focaliser fortement l’attention, à la fois force et défi.

FAQ: questions fréquentes - réponses courtes

  • Les personnes autistes ressentent-elles l’amour romantique autrement ou moins ? L’amour est là, souvent intense, exprimé autrement. L’insécurité, la surcharge et les malentendus peuvent en freiner l’expression. Quand les conditions sont réunies (calme, clarté, prévisibilité), beaucoup vivent et montrent une profonde connexion.
  • Comment distinguer « pas d’empathie » d’alexithymie ? Avec l’alexithymie, reconnaître/nommer ses propres émotions est difficile. L’empathie comme ressenti peut être présente, c’est la traduction en mots/actes qui coince. Ponts: échelles, temps, écrit, questions concrètes plutôt que « Comment tu te sens ? »
  • Et si mon partenaire ne veut pas parler d’autisme ? Respecte ses limites et propose des options: « J’ai 3 sujets, quel ordre te va ? Ou par chat demain ? » La psychoéducation peut être une offre, pas une étiquette: « J’ai lu quelque chose qui m’a aidé. Tu veux les 2 idées clés ? »
  • La routine rend-elle la relation ennuyeuse ? La routine crée la sécurité sur laquelle le spontané peut fleurir. Distingue l’ossature (check-ins fixes) du contenu (variable). Règle 80/20: 80 % fiable, 20 % nouveau, planifié, pas à l’improviste.
  • Comment préparer un feedback délicat ? 1) Calmer le contexte (lieu calme, rassasié, reposé). 2) Formule en 3 phrases. 3) Points écrits. 4) Demande graduée (« Peut-on passer de 3/10 à 5/10 d’ordre ? »). 5) RDV de suivi.
  • Les proches ne respectent pas nos accords, que faire ? Être alignés: « On est ravis de vous voir. Pour nous, ça fonctionne seulement avec préavis. Si ce n’est pas possible aujourd’hui, on reporte volontiers. » Répéter calmement, sans négocier. Des limites sans justification.
  • Que faire du masquage ? D’abord la reconnaissance (« Merci de naviguer ta journée »), puis augmenter la sécurité (pauses, règles claires), puis retirer ensemble les masques où c’est possible. Exiger « d’être authentique » sans filet augmente le stress.
  • Alcool/cannabis pour se détendre - utile ou risqué ? À court terme, cela peut apaiser, à long terme souvent perturber la régulation et le sommeil. Fixez des règles claires (quantité, horaires, jamais pour « régler » un conflit) et privilégiez des skills qui marchent sans substances. Pour toute question médicale, vois un pro.
  • Médicaments: oui ou non ? Décision médicale. En couple: informer sur horaires d’action, effets secondaires, rebond, et adapter la journée.
  • Dating en ligne et autisme ? Mets la clarté en atout dans le profil (formats de rendez-vous, niveau sonore). Premières rencontres courtes, planifiées, avec option de sortie. Un échange écrit avant réduit les surprises.
  • Désir d’enfant et autisme - des conseils ? Structure des routines, créneaux calmes matin/soir, plans clairs de tâches. La gestion sensorielle devient prioritaire. Cherche tôt des relais (famille, baby-sitter, crèche). Les check-ins protègent du surmenage.
  • TDAH vs autisme en couple ? Les deux peuvent coexister. TDAH: impulsivité/changement; autisme: sensibilité/need de structure. Tronc commun: clarté, minuteur, outils visibles. Combinez les forces: créativité et planification.

Outils techno et de structure qui aident vraiment

  • Notes/apps partagées: Notion, Trello, Todoist, Google Keep, avec tableaux communs pour ménage, RDV, courses. La visibilité réduit les disputes.
  • Agenda avec avertissements: deux rappels par événement (24 h et 1 h). Codes couleur: vert (faible charge), jaune (moyenne), rouge (élevée).
  • Texte plutôt qu’appel: pour les sujets complexes, mail/chat en points clés. Messages vocaux optionnels, avec transcription.
  • Automatisations: abonnements de base, virements récurrents, tâches répétitives, moins de décisions = plus d’énergie pour vous.
  • Filtres de stimuli: casque anti-bruit, lampes dimmables, filtre lumière bleue, absorption acoustique. C’est un investissement relation, pas un luxe.

Reset du couple en 24 heures: après une grosse dispute, pas à pas

  • Heure 0–1: sécuriser, baisser les stimuli, phrases d’isolement court: « Je fais une pause. Je reviens à [heure]. »
  • Heures 1–6: se réguler chacun de son côté. Ne pas nourrir la rumination (pas de bombardement de messages). Note 10 minutes: quelle est ma part ? mon besoin minimal ?
  • Heures 6–12: échange écrit: chacun 5 points (observation, effet, souhait). Pas de débat, juste accusé de réception.
  • Heures 12–24: 20–30 minutes de réparation avec minuteur et mini-agenda. Finir par 1 accord petit et mesurable pour les 48 prochaines heures.
  • Après 24 h: mini-revue (5 minutes): « Qu’est-ce qui a empêché l’escalade ? Qu’est-ce qui était trop ? »

Profils de communication (worksheet pour couples)

Chaque personne remplit pour soi, puis vous comparez:

  • Canaux: préféré pour le complexe (écrit/oral), pour le quotidien, pour l’émotion.
  • Moments: créneaux (matin/soir), durée maximale, délai d’alerte.
  • Sensorique: lumière, sons, toucher, température - vert/jaune/rouge.
  • Mots/phrases: déclencheurs à éviter, phrases apaisantes (top 5).
  • Règles de pause: signal, durée, ce qui aide ou non.

Canvas de conflit: rendre visibles les schémas

  • Déclencheurs: quelles situations/lieux/heures nous déclenchent à répétition ?
  • Erreurs d’interprétation: quelles fausses attributions faisons-nous (« ne veut pas » au lieu de « ne peut pas ») ?
  • Signes corporels: à quoi sentons-nous le flooding (cœur, souffle, chaleur, engourdissement) ?
  • Stops: quelle intervention en 2 minutes (lumière, eau, respiration, changer de pièce) ?
  • Ponts: quels amorces de phrases désamorcent ? (« Intention bienveillante: … », « Je veux nous protéger, donc… »)
  • Accord: 1–2 vis de réglage par schéma (ex: « Pas de gros sujets après 21 h »).

Bibliothèque de rituels: 10 micro-gestes pour plus de proximité

  1. Étreinte de 60 secondes avec consentement ou main sur l’épaule, quotidien.
  2. 5 minutes « show & tell » sur l’intérêt spécifique, en alternance.
  3. Question du soir: « Qu’est-ce qui était bruyant ? Qu’est-ce qui était calme (agréable) ? »
  4. Check du matin: « feu ? » - juste la couleur.
  5. Petit mot de remerciement sur la table.
  6. Silence partagé: 10 minutes de thé, sans smartphone.
  7. Objectif hebdo « 1 % mieux » - minuscule, mesurable.
  8. « Je te vois »: regard bref, puis on détourne, choisi, pas forcé.
  9. Marche sans obligation de parler, 15 minutes.
  10. Fin de semaine: 2 gratitudes, 1 apprentissage, 1 mini-expérience.

Idées de rendez-vous à faible charge

  • Musée en heures creuses, avec plan de pauses.
  • Pique-nique dans un endroit calme, casque dans le sac.
  • Construire/trier ensemble (Lego, puzzle), proximité parallèle.
  • Cinéma maison, lumière tamisée, volume convenu, sous-titres.
  • Promenade de nuit ou tôt le matin, quand la ville est plus silencieuse.
  • Cuisine à deux avec rôles clairs (chef/assistant), recette comme script.

Quand un trauma est présent

Certaines réactions viennent de blessures anciennes, pas seulement de la surcharge. Alors:

  • Priorise radicalement la sécurité (sortie possible, mot-code, pas de confrontation dans l’étroitesse).
  • Ralentis le tempo. D’abord stabiliser, puis les contenus.
  • Cherche un soutien spécialisé (thérapie trauma-informée).
  • En couple: « Je suis déclenché, je m’en occupe », allier responsabilité de soi et transparence.

Guide pour RDV médicaux, administrations et école en équipe

  • Préparer par écrit: objectifs, questions, liste médicaments/symptômes, priorités (top 3).
  • Rôles: qui parle ? qui prend des notes ? qui demande des clarifications ?
  • Plan sensoriel: zone d’attente calme, casque, encas, eau.
  • Débrief dans le calme, pas dans le couloir. 10 minutes de synthèse + 1–2 prochaines étapes.

Conclusion: l’espoir par la structure, la proximité par la compréhension

Autisme en couple ne signifie pas « moins d’amour ». Cela veut dire organiser l’amour pour qu’il circule à travers un autre système nerveux: planifié plutôt que spontané, clair plutôt qu’implicite, doux plutôt que bruyant, écrit en plus de l’oral. La science t’explique pourquoi c’est nécessaire, la pratique te montre comment faire.

Tu n’as pas besoin d’être parfait. Il suffit d’avancer avec de petites actions fiables et sensées: réduire les stimuli, donner du temps, clarifier le langage, repérer les bids, respecter les pauses, oser des mini-expériences. De là naît la sécurité, et de la sécurité naît la proximité.

Que vous restiez ensemble, vous vous retrouviez, ou suiviez des chemins séparés, cette compréhension vous rendra tous les deux plus dignes, plus calmes et plus capables d’agir. C’est la meilleure base pour un amour authentique, dans toute neurodiversité.

Quelles sont tes chances de récupérer ton ex ?

Découvre en 8 à 10 minutes à quel point une réconciliation avec ton ex est réaliste, sur la base de la psychologie du couple et d'enseignements pratiques.

Sources scientifiques

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